Bibliographie de Jan :

Mon histoire personnelle

 

Bien que ma mère ait dû lutter afin de trouver les solutions adaptées pour faire basculer son enfant vers une vie sans gluten, pour moi, pardonnez-moi l’expression, cela a été plutôt du gâteau !

 

Diagnostiquée à l’âge de 4 ans, j’ai toujours mangé et vécu sans gluten. C’est mon état “normal”. Et alors que beaucoup trouvent incroyable l’idée de passer toute une vie sans céréale, ni pain ou croissant croustillant… je peux honnêtement dire que cela ne me manque absolument pas. (D’ailleurs, même si je sais maintenant cuisiner de bonnes versions sans gluten de ces aliments, je ne le fais que rarement. Ils ne font simplement pas partie de mon « répertoire gustatif».)

 

Durant la très grande majorité de ma vie, être atteinte de la maladie coeliaque ne m’a posé aucun problème particulier. Je vivais bien et j’étais active ; j’étais plutôt sportive et avais beaucoup d’énergie ; et tant et aussi longtemps que je mangeais ces aliments-ci, plutôt que ces aliments-là… j’étais en bonne forme.

 

Cette bonne santé a perduré jusqu’à ma dixième année de carrière en tant qu’enseignante de musique à l’élémentaire et au secondaire, vie professionnelle que j’ai véritablement adorée. J’avais commencé à beaucoup voyager et voir le monde, travaillant au Koweit, en Égypte, au Liban, et au Pakistan. C’est aussi à cette période de ma vie que j’ai basculé vers un projet de vie à deux, sur le long terme, choix qui a contribué à installer mon bonheur sur la durée, au moins dans un premier temps.

 

Puis ma santé a commencé à se détériorer. Au Liban, j’ai connu un épisode très désagréable d’empoisonnement alimentaire… et puis au Pakistan, il y a eu des soupçons d’infection de l’appareil digestif par des parasites… ou était-ce dû à la qualité de l’eau?… ou fallait-il y voir encore les effets de la grossesse? En réalité, ces trois facteurs ont sans doute joué un rôle en se combinant ensembles. J’ai donc souffert tout au long de ma première grossesse jusqu’à la naissance de mon premier enfant.

 

Et puis il y a eu, bien sûr, les nuits blanches… l’allaitement… et un congé de maternité trop court qui a fait que j’ai dû retourner travailler alors que mon fils n’avait que 3 mois. Les nuits étaient toujours trop courtes, et les journées sont devenues beaucoup trop longues. J’ai alors fonctionné au café… et j’ai largement abusé de quelques desserts sans-gluten (la mousse au chocolat notamment…) et aussi du vin (car il n’y a rien de mieux qu’un verre de rosé bien frais pour accompagner un repas lors de ces journées écrasantes de chaleur, au Pakistan).

 

Au Canada, mon père est tombé gravement malade, et la réalité de ma famille s’en est trouvée bouleversée. Il y a eu des vols longue-distances (avec bébé sur le dos) pour aider ma mère à prendre soin de mon père.

 

Et puis il y a eu ma deuxième grossesse, encore un déménagement international, et le stress constitué par l’arrivée d’un bébé numéro deux alors qu’il fallait évidemment s’occuper dans le même temps du bout d’choux numéro un, tout cela dans une ville nouvelle et inconnue. Mon mari devait travailler de longues heures, alors les tâches ménagères reposaient sur mes seules épaules. La fatigue m’écrasait, et loin de ma famille canadienne, je me sentais bien seule.

 

J’ai finalement eu à faire face à une terrible pneumonie, et subir les conséquences d’une prise massive d’antibiotiques. La vie me semblait complètement hors contrôle, et même si j’essayais d’imaginer les changements nécessaires pour améliorer la situation (Séparation ? Retour au Canada ? Nouvelle carrière ? Nouveau contrat international dans un autre pays ? etc. ) aucun de ces choix ne me paraissait ni satisfaisant, ni facile, et j’étais si lasse que l’idée que ma vie allait devenir encore plus difficile m’a paralysée jusqu’à l’inertie.

 

Et puis mon père est mort… Ce qui voulait dire encore des vols long-courriers, et une tristesse, et une solitude… et les nuits étaient toujours aussi courtes, et les journées trop longues… et les enfants avaient toujours besoin d’être nourris, et lavés, et habillés, et changés, et divertis…

 

Rendue à ce point, je commençais à sentir viscéralement qu’un changement était absolument nécessaire. La vie ne m’offrait presque plus aucune joie. Et bien que j’adorais mes enfants, j’étais vidée de toute énergie pour pouvoir en retirer un quelconque plaisir. La tension était à son maximum entre mon mari et moi, et même si je savais que je l’aimais, je n’étais plus sûre que notre partenariat me soit bénéfique ou même souhaitable.

 

Nous avons finalement décidé de nous engager dans un dernier poste outre-mer – cette fois à Beyrouth, une ville qui nous était connue à tous les deux, et que l’on aimait tous les deux. J’étais de plus en plus malade, mais je n’en avais pas véritablement conscience. Sans aucun préavis (en plein centre d’achat, par exemple, avec un petit de 4 ans dans une main et une petite de 2 ans sur le dos), une migraine venue de nulle part pouvait me saisir brutalement m’obligeant à m’allonger immédiatement pour ne pas vomir, littéralement clouée au sol pour les 12 heures suivantes. Il y avait clairement un problème de fond. Tout ce que je mangeais – sans gluten ou pas – me passait au travers. Je ne voulais que dormir… mais le sommeil n’arrivait pas non plus à alléger ma fatigue. Il n’y avait jamais plus de répit.

 

J’ai traversé les six mois suivants de cette maladie chronique en analyses médicales, en lectures innombrables, en recherches tous azimuts sur internet, en expérimentations alimentaires de toutes sortes (régime GAPS, cure candida, alimentation paleo et, finalement, AIP), période agrémentée de nombreuses tensions familiales, et de beaucoup d’interrogations sur l’avenir. J’ai pu bénéficier dans l’intervalle de quelques conseils bien sentis d’une petite poignée de praticiens médicaux choisis avec soin tout en ayant la sagesse d’ignorer les conseils de bien d’autres… Cette phase d’intense recherche sur moi-même et sur ma santé a fini par porter ses fruits et j’ai pu remonter la pente. Je retrouve ma forme initiale.

 

Ma digestion, mes humeurs, et mes niveaux d’énergie sont redevenus satisfaisants, et j’ai aussi désormais à ma disposition des stratégies pour les moments où des problèmes réapparaissent ponctuellement. Mes relations se réparent, et l’avenir de ma famille – bien que demeurent beaucoup d’incertitudes car nous sommes en pleine transition– est excitant pour tous et chacun.

 

Mon mari a démissionné de son premier métier, et nous entamons tous les deux un début de deuxième carrière. De mon côté, je me suis entièrement reconvertie, ayant terminé une formation en consultance pour la Nutritional Therapy Association en juin 2017, une formation de coaching pour l’AIP en septembre 2017. Actuellement, je termine une formation intensive en arts culinaires au Pacific Institute of Culinary Arts ; je serai diplômée de cette école en juin 2018.

 

Même si j’ai l’intention de continuer à offrir ça et là des cours de musique à côté de ma nouvelle activité principale, je me concentre essentiellement à l’étude de la nutrition et du bien-être, et comment chacun se définit par son mode de vie, son activité, et sa cuisine. Je suis déterminée à corriger pour moi-même et pour ma famille les nombreuses mauvaises habitudes modernes que le modèle consumériste propre à l’Amérique du Nord ne cesse de produire (et, malheureusement, d’exporter) :

  • Confusion entre qualité et quantité ;
  • Passion obsessionnelle pour la facilité et les solutions miracles, y compris dans des domaines où elles ne devraient aucunement s’appliquer (l’alimentation et les régimes) ;
  • Mouvement perpétuel de pendule entre sédentarisme et stress d’une vie tumultueuse.

Je me réjouis déjà des vingt prochaines années de ma vie (et plus encore !), et j’espère avoir l’occasion de continuer à explorer toutes les différentes facettes du bien-être !

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