Closer your eyes.  Listen closely.
All that you’ve learned… Try to forget it.

Ce n’est qu’en agissant en dehors d’une norme donnée que l’on réalise à quel point les normes culturelles peuvent avoir un impact sur notre sentiment d’appartenance et / ou de bien-être.

Moi, j’ai grandi dans une ville très cosmopolite au Canada, où il y avait une telle diversité démographique qu’il était difficile d’identifier une seule norme culturelle dominante.  Enfant,
mes amis venaient de familles sino-canadiennes, indo-canadiennes,  japano-canadiennes, pakistano-canadiennes, et j’en passe.  Du coup, je me suis rarement sentie ostracisée pour
mes choix alimentaires, car il n’y avait pas vraiment de norme établie autour de moi.

Aujourd’hui, je vis en France où la population est… disons…plus homogène.  Du coup, les normes sont plus fortes.  La culture du pain, par exemple, en est presqu’une religion… son talisman :
la baguette.   Et en tant que malade coéliaque, jamais auparavant n’ai-je entendu aussi souvent
(le plus habituellement venant d’une personne me regardant d’un air piteux) :

 

  • Mais… comment tu fais…?!?!

Je vous rassure…  Je fais très bien, merci.

Cette expérience répétitive me fait m’intéroger sur l’impact négatif que peut avoir une forte norme sur les personnes pour qui cette norme n’est pas possible, ou n’est pas désirable.  Car ce qui en suit est la suggestion suivante, plein de jugement implicite : tu n’es pas normal(e).

Mais allons-nous vraiment se faire sentir perpétuellement « différents » (voire « difficiles ») ces gens qui, s’ils ne l’étaient pas, seraient régulièrement et gravement malade ?

Nombreux sont les commentaires sur des forums de Facebook, venant de personnes intolérantes au gluten qui ne savent pas où faire leurs courses  …d’employés coéliaques n’ayant pas d’autre option que de grignoter tout seul dans leur petit coin de bureau, faute d’options à la cantine.
…des mamans inquiètes que leurs enfants se sentent (ou bien carrément sont, dans certaines cantines scolaires, par exemple) mis à part à cause de leur PAI.

Bien que nous ayons de plus en plus de choix de produits sans gluten dans des magasins d’aliments naturels et dans les grandes surfaces, l’expérience au quotidien pour une personne vivant sans gluten en France demeure néanmoins trop souvent celle de l’exclusion.

 

Eh bien, je ne suis pas d’accord !

Je suis éternellement reconnaissante que mon enfance m’ait paru aussi « normale » malgré ma maladie coéliaque.  Oui, mon petit déjeuner consistait plus souvent des restes du repas de la veille que du pain ou des croissants.  Et oui, j’ai dû plus souvent m’abstenir que d’autres, quand le plateau des desserts se passait lors d’un repas chez des amis.  (C’est toujours le cas, d’ailleurs.)  Mais je ne me suis jamais sentie jugée pour ma différence par ma société… et je crois que c’est une nuance très importante.

Les humains sont des créatures sociales.  Nous avons besoin d’appartenir… à une famille,
à un groupe d’amis, à une société, à une culture.  Et l’on crée notre identité personnelle et notre confiance autour de tout cela.  Un sentiment de rejet n’est jamais agréable.  Un sentiment répétitif de rejet est carrément néfaste.

« Dans ce bas monde, la normalité n’est
rien d’autre que la majorité. »

Franck Ntasamara

Moi, j’ai fait il y a longtemps la paix avec l’idée de ne pas me conformer systématiquement aux normes françaises.  Après tout, je ne suis pas française !  Et même si je le devenais un jour, mes nombreuses différences demeureront.  Je les assume.

Mais quid pour des personnes françaises qui ne peuvent ou ne veulent pas se conformer à ces normes ?  Quid pour mes enfants ?  …qui, forcément, adopteront un certain nombre de mes différences ?

Si la zénitude, c’est comprendre qu’on n’est pas obligé(e) de participer à tout ce qui se dit ou se fait autour de nous, il en résulte qu’un sentiment d’exclusion n’est pas du tout inévitable.

Moi aussi, je vis en France aujourd’hui… et moi aussi, je fais face à tous les regards incrédules et toute l’incompréhension de mes interlocuteurs quand j’explique mes restrictions alimentaires. 
Mais cela ne me traumatise pas.  Cela ne m’empêche pas de développer ma vie sociale ou de sortir au restaurant.  Seulement, je sais que ces activités nécessiteront une bonne explication — (ou deux, ou trois) — au préalable.  Je m’y attends; j’y fais face; je l’accepte.  C’est cette situation qui est, pour moi, normale.

C’est aussi l’approche que je préconise pour mes enfants (qui, eux aussi, mangent sans gluten).  Quand ça se remarque… on explique.  Quand ça interpelle… on répond.  Quand les gens sont dubitatifs… on rassure.  Quand on est invité… on initie une conversation détaillée avec l’hôte ou l’hôtesse, en offrant, par exemple, d’amener le plat qui pose le plus grand problème pour l’hôte ou l’hôtesse.  Quand on invite, nous, de notre côté… on cuisine comme d’habitude, et espère démontrer que la vie sans gluten n’est pas du tout une misère.  C’est juste une autre façon de faire.

Atelier de fabrication de pizza (sans gluten)

Si j’étais reine due monde entier, je ferais en sorte que la différence — sous toutes ses formes — soit valorisée… célébrée, même ! 

Mais en attendant d’être courronnée, je ne pourrai que tâcher de faire mieux accepter mes différences par les gens qui m’entourent… en essayant aussi de mieux accepter, moi, les différences de tous ceux qui m’entourent.

Qui sait?  Peut-être qu’un jour, ce modèle deviendra « normal » !  😉

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